Le repérage des points

Le repérage des points 

     Je vois souvent les étudiants en MTC chercher un point en comptant les mesure avec les mains. Je condamne absolument cette méthode. Voici donc un article expliquant comment prendre des mesures précises. La technique que j’utilise et que j’exposerai ici est celle enseignée en Chine. Vous verrez qu’elle est très précise et pratique, et pourquoi prendre les mesures avec les mains est une mauvaise habitude.

 

Pourquoi prendre les mesures avec les mains est une mauvaise habitude?

Nous ne sommes pas proportionnels

     Tout d’abord, cette façon de prendre les mesures avec les mains pourraient peut-être marcher si nous étions des êtres humains parfaitement proportionnés. Or, ce n’est pas le cas. Il n’existe pas de proportion de tête qui soit développée en fonction de la longueur de notre tibia par exemple. Certains ont, selon tout un tas de facteurs d’influences comme les caractéristiques personnelles, génétiques ou raciales, une silhouette plus trapue ou élancée. Il n’y a pas de normes exacte de la longueur que devraient avoir nos membres par rapport à notre tronc. Ainsi, l’avant-bras est sensé avoir une longueur de 12 unités, que l’on appelle “cuns” (寸), le front et l’espace entre la ligne médiane postérieur et les omoplates, 3 cuns. Mais si vous posez votre pouce 12 fois sur l’avant bras, vous vous apercevrez que ce dernier est souvent trop long ou trop court ! Si ça rentre, vos mains et vos avant-bras sont alors bien de proportions équivalents, mais tôt ou tard en répétant l’expérience sur les autres parties de votre corps, vous pourriez trouver votre tibia trop long ou trop court par rapport à la taille de vos mains. 

Que dire du fait de prendre les mesures avec nos propres mains sur d’autres personnes?

     Sans compter que le fait d’utiliser les mains se base sur les repères visuels, comme le pli du poignet ou le pli du coude. Ces repères sont bien pratiques, mais les vrais points de repère, c’est le squelette. On n’est pas sensé repérer un point selon l’angle que forment les cheveux, mais sur sillon de la jointure entre l’os frontal et l’os pariétal. L’angle des cheveux est un point de repère pratique tant que la chevelure tombe exactement sur la jointure entre ces deux os, mais se fausse à partir du moment où le sujet perd ses cheveux ou est dotée d’une chevelure particulièrement dense.

En outre, les repères visuels peuvent changer de position

    Le corps est en perpétuel changement, un des changements les plus évidents est le ventre qui gonfle ou se contracte pour de multiples raisons (ballonnements, arrivée des règles… le symptôme “ventre gonflé” atteste bien de la réalité de ce changement physiologique). Mais d’autres parties du corps peuvent gonfler ou se contracter selon les changements de température, états émotionnels etc. Utiliser les main empêche de voir ces changements puisqu’on cache le corps en le recouvrant.

Comment pour prendre des mesures précises? 

    Les mesures des points devraient être très précises et ne jamais avoir l’utilisation des mains (les mains faussent les mesures et que quelques millimètres de décalage peuvent nous placer sur un autre point). 

     La première étape est d’apprendre les mesures en cuns par coeur. Tous les manuels de points contiennent en début ou en fin un schéma donnant les mesures : 12 cuns pour l’avant bras, 9 pour le bras, 5, 8 et 9 entre l’os pubien et les clavicules… 

     Il s’agit ensuite de s’entraîner à pratiquer le repérage de points en calculant leurs abscisses et ordonnées. Les points d’acupuncture ont un emplacement très précis que l’on détermine grâce à une abscisse et une ordonnée. 

Exemple: 

Le 10 GI se localise grâce à : 

Abscisse: à 10 cuns du pli du poignet; 

Ordonnée: sur la ligne entre 5GI et 11GI. 

     Le point de croisement de ces deux lignes détermine 10GI. Pour la ligne entre le 5 et le 11 GI, on suit le trajet du méridien (il faut pour cela bien connaître ses méridiens et son anatomie). Pour la mesure de 10 cuns au dessus du poignet et 2 cuns sous le coude, l’apprenant trace deux lignes sur les plis de jointure pour les mettre en valeur. Ces lignes doivent bien correspondre aux lignes de flexions entre le radius et le cubitus et les os de la mains d’un côté, l’humérus de l’autre. Nous avons alors un segment d’une longueur de 12 cuns. On trace une ligne bien au milieu, et obtenons deux segments de 6 cuns. Le segment supérieur est alors soit directement divisé en trois, ce qui nous donne une ligne croisant celle de l’ordonnée à la hauteur voulue de 2 cuns sous le coude, soit en deux, et on coupera à nouveau le segment supérieur en 3 parties égales.

     Ces calculs paraissent fastidieux au début, mais ce n’est qu’une phase d’apprentissage jusqu’à ce que l’oeil soit suffisamment éduqué et entraîné. Nous apprenons alors à développer un effet de déformation professionnelle. Nous obtenons une vision particulière, un filtre affichant sur le corps les mesures sans y prendre garde. 

     Quand je regarde une personne, je peux voir flotter sur elle ses propres mesures et n’ai pas ou presque à les prendre pour savoir où se trouve un point. Mes yeux ont été éduqué à cet exercice et peuvent visualiser des graduations sur les corps des autres. Une fois que ce filtre est acquis, c’est bon pour toute la vie, vous n’aurez plus jamais besoin de compter les mesures ni avec les mains ni avec les cuns. Cette vision est la plus précise, puisqu’elle prend en compte les changements subtils du corps.

Dans quels cas utiliser les mains?

     La facilité des mains est pratique pour monsieur et madame tout-le-monde, non professionnel, voulant stimuler un pont avec un moxa ou un massage. Des non-initiés en acupuncture peuvent utiliser une application. Les applications décrivant comment grossièrement trouver un point spécial migraine, mal de dents ou permettant de maigrir du ventre avec les mains sont répandues en Chine, on est alors dans un contexte ou l’acupuncture est culturelle et populaire. Les gens sont familiers avec l’existence des points et connaissent plus ou moins l’emplacement de quelques-uns d’entre eux. Il est dans les habitudes populaires de faire un guasha sur 21VB devant la TV ou de masser machinalement la zone du 36E. Les stimulations de ces points se faisant alors par massage ou avec un moxa, il n’est alors pas besoin de connaître la localisation précise des points.

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