Extrait « Je guérirai les incurables » Konsalik

Extrait 1

 

 

     « Le Dr Hansen était prêt à le démontrer. Il avait dans son armoire de nombreux dossiers. Mais une timidité le retenait, presque l’angoisse des conséquences que sa théorie susciterait. 

     Il se voyait presque seul en face d’une armée d’adversaires. D’une armée admirablement équipée, conduite par des chefs illustres, et à jamais fidèle au principe « La médecine officielle a toujours raison, car elle est scientifique. »

     Tous les autres sont des outsiders, des charlatans, des exploiteurs de la bêtise populaire. On les ramène aux concepts de la médecine officielle… ou bien on les condamne. Il n’y a qu’une chose qu’on ne fait pas – sinon à contre coeur – c’est-à-dire sans objectivité – c’est l’examen de la nouvelle thérapeutique et de sa valeur. 

     Ne serait-ce pas, en vérité, une catastrophe si on répandait l’idée qu’un régime exactement composé d’aliments naturels est la meilleure prévention du cancer? Plus de colorant dans les aliments et boissons, plus de produits destinés à la consommation, plus de blanchiment de la farine, plus d’engrais chimiques, plus de narcotiques, peu de nicotine, peu d’alcool, car tout cela nuit à la respiration des cellules… 

     Karin Hansen sortit du labo et entra dans le bureau. Lorsqu’elle vit son mari assis  à sa table. Tout absorbé, elle hésita à lui parler. Finalement elle demanda:

– Tu as appelé la clinique? 

Le docteur Hansen fit un signe affirmatif. Karin posa les mains sur les épaules de son mari et lui caressa la nuque. Elle savait que ce geste le calmait. Hansen se leva, il avait l’air las. 

-Il faut que je parle à Färber.

-De quoi donc?

-Je voudrait un conseil. Färber a l’esprit ouvert. J’ai un projet, Karin. 

Elle le regardait tandis qu’il se lavait les mains. Nerveusement. Par deux fois la serviette lui glissa entre les mains tandis qu’il les séchait.

-Il y a longtemps que j’y pense. Madame Wottke et ses six enfants sont l’ultime raison qui me pousse à réaliser ce projet. Je vais acheter la maison de paysans à côté de chez nous. 

-Pour quoi faire, Jens?

-Je l’aménagerai. J’y installerai quatre chambres de malades, une salle de traitements, un labo plus grand que le notre. Mme Wottke quitta l’hôpital après quelques séances de rayons. Le docteur Hansen se tourna vers Karin, il lu dans son regard son ébahissement – Je prendrai Mme Wottke et d’autres malades peut-être, malades chez moi. Je vais traiter des malades traiter des malades condamnés par la médecine officielle, selon mes idées, médicalement. J’essayerai de régénérer le malade tout entier. Les chirurgiens et les radios thérapeutes ont atteints leurs limites. Ils renvoient le « Cas » à domicile. Pourquoi n’essayerai-je pas d’attaquer le mal à sa racine? Il faut essayer, Karin! Y croire. Que deviendrons-nous, mon Dieu, si nous nous bornions à croiser les bras?

 

(…)

 

-Mais vos quatre lits, mon cher collègue… Que voulez-vous en faire? 

-L’avenir appartient sans doutes à une thérapeutique des tumeurs ainsi que Karisky, Pick et d’autres l’ont déjà essayé. 

-Formule qui fait de l’effet.

-Que faisons-nous aujourd’hui des cancéreux très atteints?  En dernière ressource, nous avons recours à l’opération. On n’enlève pas seulement la tumeur, mais selon les cas, des parties du foie, du pancréas, de la rate ou la matrice. On va plus loin, on fait l’ablation de l’hypophyse et l’on irradie…

-Et avec succès!

     Hansen eut un sourire amer. Exemple: dans la maison de santé pour femmes de von Massenbach à Lübeck, on a traité cent dix-huit femmes atteintes du cancer de l’utérus au radium et au rayons X. Il n’y a eu que trente-deux cas où l’irradiation ai été efficace… sans parler du dommage génétique. 

     Le docteur Färber vida son verre à petites gorgées. Au dessus de ses lunettes, il jetait sur Jens Hansen un regard scrutateur, évaluateur, presque déconcerté. Il voyait le visage étroit de Hansen, ses grands yeux sombres exigeaient une réponse. 

-Il ne nous reste rien d’autre qu’à chasser le mal par un autre.

-La thérapeutique ne doit en aucun cas être plus dangereuse que la maladie, selon Karitzky.

-Tâchez donc de faire mieux, dit le docteur Färber avec un peu d’amertume. 

-C’est ce que je vais essayer.

-Avec vos quatre lits?

-Si dans ces quatre lits, un seul malade guérit, nous irons aux barricades! Le cancer n’est pas un problème médical… c’est un problème de l’humanité toute entière! Une thérapeutique c’est, pour l’omnipraticien, améliorer les conditions de vie, a dit Kotschau dans son Evolution de la médecine. Dans ma maison de quatre lits, je vais essayer de rendre aux sois disant incurables les forces dont ils ont besoin pour vaincre la mort qu’ils ont dans le corps. Une alimentation saine, une existence saine, suppression de tous les foyers d’infection, épuration du sang…

-Et dans un an vous aurez fait faillite et vous vous perdrez à la charpente de votre clinique de quatre lits! Soyez donc raisonnables, Hansen! Vous vous égarez dans vos théories et dans les ouvrages d’outsiders dont les succès sont très contestés.

-Pourquoi dites-vous « outsiders »? 

-Parce qu’ils sont en dehors de la science…

-Qu’est-ce que « la science »? Ne devrait-elle pas être ce qui guérit?

 

 

Je guérirai les incurables  
Heinz G. Konsalik
Albin Michel 1967

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